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Le réemploi du matériel informatique

Note de synthèse Rédigé par Frédéric Bourguignat publié le 16 juin 2008 , mise à jour le 27 juin 2008

Des ordinateurs « durables » pour tous

Matériel d’occasion et fracture numérique

Un gisement de matériel

Le stock d’ordinateurs usagés inutilisés augmente. La croissance des ventes d’ordinateurs neufs se cumule avec le raccourcissement de leur durée d’utilisation. Celle-ci est passée de 6 ans en 1997 à 2 en 2005. Cette tendance est accélérée aujourd’hui par la généralisation des portables. Leurs ventes ont dépassé en nombre celles des postes fixes au quatrième trimestre 2007. De plus, les achats d’entreprises, dont la gestion de parc est plus stricte en matière opérationnelle et comptable, représentent une part grandissante du marché. En 2007, 9,34 millions d’ordinateurs ont été achetés en France (Gartner, 2008). Au cours de cette même année, les 6,5 millions d’unité vendues en 2005 ont été jugées obsolètes et sont parties vers le stockage, le réemploi ou le recyclage (Renaissance numérique, 2007).

Une fracture numérique persistante

Cette croissance du marché des ordinateurs se traduit par un taux d’équipement des Français en hausse de 7% entre 2006 et 2007. 66 % des Français ont au moins un ordinateur à la maison (Credoc, 2007). Mais ce chiffre global cache des disparités persistantes. L’âge, la profession, les revenus et la localisation sont quatre facteurs discriminants. Un jeune cadre de la région parisienne a plus de chance d’être familier de l’informatique qu’un ouvrier célibataire d’un bourg rural. La fracture numérique perdure. Et les évolutions du matériel, sur l’offre comme sur les prix ne réduisent pas les écarts.

Le marché de l’occasion

Le marché de l’occasion informatique connaît aussi une croissance soutenue, principalement en direction des pays émergents. Mais seul un poste sur six arrive à destination (Gartner, 2005). Dans les pays du Nord, c’est l’internet qui a fourni de nouvelles opportunités à ce marché. En 2006, un Français sur trois a fait un achat d’occasion en ligne et l’informatique y est le deuxième domaine en volume de transactions (BVA, 2007).

Le réemploi, un levier de développement durable

Limiter l’empreinte écologique de la société de l’information

La fabrication d’un ordinateur consomme neuf fois son poids en énergies fossiles. Sur son cycle de vie (fabrication et utilisation), un ordinateur a une consommation égale à celle d’un réfrigérateur, pour un cycle de vie cinq fois plus court. Et 75 % de l’énergie est utilisée pour sa fabrication, contre 4 % pour le réfrigérateur (Kuehr et Williams, 2003). Dans une optique de préservation des ressources, le prolongement de la durée d’utilisation du matériel informatique est le levier majeur.

L’économie sociale et solidaire

Historiquement, les acteurs du reconditionnement des ordinateurs sont des structures de l’économie sociale et solidaire (ESS). La directive européenne de 2003 sur les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) et sa transcription en droit français en 2006 insistent sur la place privilégiée de l’ESS dans la filière DEEE. Envie, Les Ateliers du Bocage, Actif-France et Ecodair sont des exemples de structures actives dans les domaines du démantèlement, du reconditionnement et des services (maintenance, gestion de parc). Une multitude d’associations locales agissent également pour le réemploi.

Le réemploi, avec qui ?

Les primo-utilisateurs

Trois grands types de primo-utilisateurs existent : les particuliers, les institutions publiques et les entreprises. Ces deux dernières possèdent des parcs gérés de façon professionnelle (acquisition, inventaire, maintenance, homogénéité). Si bien que dans une collecte en entreprise, au moins 75% des PC sont effectivement réemployés. Avec les particuliers, ce taux peut tomber à 20% et dépasse rarement les 50%.

La pérennité du matériel et des usages

Les pièces d’un ordinateur ont des durées de vie supérieures à 2 ans. Un processeur en configuration classique peut travailler 10 à 15 ans. La probabilité de défaillance d’un disque dur n’augmente significativement qu’après 5 ans (Google, 2007). Mais les besoins évoluent très vite. Le risque repose donc sur l’insuffisante performance du matériel après quelques années. Il convient pour des usages peu gourmands : bureautique, internet, initiation, enseignement. Les postes peuvent être installés en clients légers, dépendants d’un serveur. La puissance disponible est mieux utilisée et la consommation d’un client léger est inférieure de 90% à celle d’un poste autonome (Webforce, 2007). Les bénéficiaires traditionnels du réemploi sont les associations, les écoles et les EPN.

L’action des collectivités

Des DSI confient leurs équipements déclassés à des associations qui les redistribuent à des publics demandeurs. Un conseil régional ou une grosse intercommunalité peut ainsi mettre à disposition quelques centaines d’ordinateurs par an. En général, ils ne satisfont pas toute la demande. Les collectivités peuvent également faire le choix d’équiper en postes reconditionnés leurs utilisateurs qui font un usage peut intensif du matériel. À condition de bien avoir évalué les besoins et les capacités des ordinateurs récupérés.

Solidarité Nord-Sud

Le matériel peut aussi servir dans un pays en développement. Mais c’est sa fin de vie qui doit alors retenir l’attention. En sortant de l’Union européenne, son démantèlement cesse d’être financé par la directive DEEE et ses transcriptions nationales. Il arrive dans des pays qui n’ont aujourd’hui pas les filières de recyclage ou de réemploi adéquates. Le rapatriement et le développement d’une économie locale du démantèlement sont les deux solutions applicables à ce jour.

Une filière pour le réemploi

Informer

Les gisements les plus homogènes se trouvent dans les administrations et les entreprises alors qu’un parc éclaté est disponible dans les PME et chez les particuliers. La généralisation du réemploi passe par des actions de sensibilisation auprès des donateurs potentiels. Promouvoir cette démarche implique d’en expliquer les bénéfices. Pour cela, chacun doit disposer d’éléments précis. Or les études sur la perception de l’occasion par les Français sont rares. Les données sur la viabilité des matériels d’occasion et leur capacité à assurer des usages pédagogiques ou familiaux sont incomplètes. Sur les aspects environnementaux, la Diact va mener un bilan carbone de la boucle du réemploi. D’autres études pourraient s’intéresser au matériel et aux usages.

Favoriser la rencontre de l’offre et de la demande

Le secteur du réemploi est aujourd’hui constitué des brokers, de quelques industriels, venus pour certains d’entre eux des télécoms, de structures de l’ESS et d’une multitude d’initiatives associatives. Seules deux actions de mises en relation ont été recensées. La première est l’Internethon de l’Afnet. Le chef de projet de ce programme rapproche parcs déclassés des entreprises et besoins d’associations ou d’écoles, en faisant appel aux reconditionneurs de l’ESS. La tâche se heurte à des freins culturels et à un déséquilibre entre l’offre, en grandes quantités, et la demande, éclatée. La seconde action repérée est le site don.ordi, animé par un étudiant de l’ENS Lyon. C’est une liste de structures associatives qui récupèrent les postes inutilisés.

Financer

Les estimations sur le coût du reconditionnement varient entre 50 et 100 euros TTC. Il est supporté dans des proportions très variables par le donateur primo-détenteur, le bénéficiaire et les collectivités qui financent les associations intermédiaires. Les collectivités peuvent aussi être bénéficiaires de matériels extérieurs ou de leurs propres matériel, en équipant certaines structures (écoles, EPN). Le financement entre alors dans le budget de la collectivité, avec une économie à la clé sur l’investissement.

Accompagner

Enfin, l’élément indispensable de toute mise en place d’équipement est l’accompagnement des bénéficiaires. Cela passe par la pédagogie et la maintenance. Dans ces domaines, des associations et des entreprises d’insertion commencent à proposer un suivi ou un module de formation compris dans le prix de départ du matériel reconditionné.

Une triple vocation locale

La triple vocation du réemploi

Le réemploi rencontre des réticences qui sont d’ordre culturel. Il est perçu comme techniquement hasardeux, dévalorisant et peu adapté aux usages. L’enjeu environnemental est majeur. Il se double d’un enjeu social à deux facettes, avec la réduction de la fracture numérique et l’opportunité d’asseoir une filière du réemploi et de l’accompagnement favorable aux implantations locales de l’ESS. Enfin, il y a un enjeu financier. L’équipement de certaines structures des collectivités avec ce matériel ménage les finances publiques.

Des collectivités qui mobilisent

Les collectivités territoriales peuvent avoir un effet d’entraînement par les choix qu’elles opèrent dans l’acquisition et le devenir de leur matériel. Elles peuvent aussi jouer un rôle de mobilisation sur leurs territoires. Elles ont à leur disposition différentes expériences. Des journées don, pour les particuliers comme pour les PME, et des campagnes de sensibilisation à l’intérêt de s’équiper avec de l’occasion ont déjà été menées.

Une filière à formaliser

Pour lever les interrogations sur la viabilité du matériel et de la filière, celle-ci doit s’organiser et se structurer par des engagements partagés sur la qualité. Le réemploi intervient désormais en amont immédiat de la filière DEEE. Or celle-ci est en fait double. Il y a celle pour les déchets ménagers et celle pour les déchets professionnels, avec des modes de financement distincts. Constituer une filière du réemploi apporterait une traçabilité des flux pour préserver le financement du recyclage.

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